15 août 2019

ENTREVUE AVEC JÉRÉMIE ABBATE,
CHARPENTIER TRADITIONNEL
La rédaction

COMMENT ÊTES-VOUS
DEVENU CHARPENTIER TRADITIONNEL ?
Des parents amoureux des bâtiments anciens, un
père charpentier, un oncle maçon et une enfance
passée dans une ferme remontant à 1680, en France,
près de Saint-Étienne, expliquent fort probablement
mes choix professionnels. Il est évident que
l’ambiance familiale était propice à l’apprentissage
de la construction et de la restauration et, très tôt,
parmi les différents matériaux, s’est manifestée ma
préférence pour le bois.

QUELLE A ÉTÉ VOTRE FORMATION ET
COMMENT VOUS ÊTES-VOUS RETROUVÉ
AU QUÉBEC ?
Malgré une voie bien tracée par ce milieu familial,
la route n’a pas été sans détours puisqu’à seize
ans, contre toute attente, je me suis inscrit dans
une école d’hôtellerie dont je suis diplômé. Les
chantiers pourtant me manquaient et c’est ainsi que
je me suis engagé dans la restauration d’une chartreuse
à Sainte-Croix-en-Jarrez dont la construction
date de 1280. Cette expérience m’a permis
d’approfondir les connaissances en restauration
patrimoniale acquises sur le tas. Puis, en 2005,
de retour en France après un séjour prolongé à
l’étranger dont le but était de « voir le monde », on
m’a demandé de transformer une ferme en gîte
et en restaurant. Or, une Québécoise participait
aussi à ce chantier ; elle est devenue ma conjointe
et c’est ce qui explique ma présence au Québec
où, à mon arrivée, j’ai travaillé dans la construction
contemporaine.

COMMENT VOUS EST VENUE VOTRE
RECONNAISSANCE PROFESSIONNELLE ?
Sans vouloir dénigrer le moins du monde la
construction contemporaine, je voulais renouer
avec la dimension traditionnelle du travail du bois.
C’est alors que j’ai eu la chance de rencontrer un
artisan qui possédait le savoir-faire traditionnel. Il
l’avait acquis auprès des Compagnons du devoir
en France ; il s’agit de Patrick Moore. Il a été
mon maître. Je lui dois d’avoir perfectionné mes
méthodes de travail et d’avoir poussé plus loin mes
connaissances. Fort de ce supplément de formation,
j’ai soumis mon dossier au Conseil des Métiers d’art
du Québec en 2016 qui a reconnu ma compétence
professionnelle.

SUR QUELS TYPES DE BÂTIMENTS CONCENTREZ-VOUS VOS ACTIVITÉS ?
Jusqu’à maintenant, mon travail porte essentiellement sur des constructions
résidentielles, le plus souvent unifamiliales. Il s’agit souvent de transformer ces
maisons, par exemple, en rendant habitable un grenier. Pour moi, le contact
avec les personnes qui habitent ou habiteront la maison est très important. Ma
préférence va très nettement à ce genre de travail personnalisé par opposition
aux grands développements immobiliers. Je tiens à cette approche artisanale.

QUEL EST, SELON VOTRE
EXPÉRIENCE, L’ÉTAT DE LA DEMANDE ?
Dans mon cas, c’est par « le bouche à oreille », que se manifeste la demande.
Les rendez-vous Maestria se sont révélés, au cours des dernières années, d’une
grande utilité à cet égard. L’artisan sort ainsi de son isolement et entre en contact
avec des collègues exerçant d’autres métiers ; un charpentier y fera peut-être la
connaissance d’un forgeron ou d’un plâtrier ce qui pourra s’avérer précieux dans
un chantier futur où les besoins seront multiples. Je travaille présentement à une
charpente dans une maison du Vieux-Montréal. Il s’agit de la maison Berthelet
dont le propriétaire, un passionné de patrimoine, a recruté ses artisans au rendezvous
Maestria. La demande va en augmentant. On observe une sensibilité à
l’ancien et à un goût pour retrouver les traces du passé.

QU’EN EST-IL DE LA RELÈVE ?
Je considère la relève comme une responsabilité qui nous incombe à nous, artisans qui exerçons le métier. C’est pourquoi,
un collègue charpentier et moi-même organisons un collectif de formation. Le but est de constituer une banque de jeunes
qui veulent apprendre le métier. Ceux-ci feront, sur une période de trois ans, des stages auprès d’une dizaine d’artisans
de façon à bénéficier d’expériences variées. Comme le stage est rémunéré, nous créons des emplois tout en dispensant
une formation pratique. Deux jeunes se sont déjà engagés dans ce processus. Le projet n’en est encore qu’à ses débuts
mais il est prometteur.

La LUCARNE, été 2019 | 5

 

Présenté par le regroupement AMIS ET PROPRIÉTAIRES DE MAISON ANCIENNE DU QUÉBEC

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